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1. El rentador del cementiri

Article de Marie-José FABRESSE

Plongée dans l’oubli depuis de longues années et extirpée de sa prison végétale par un enfant de Joch, revoilà notre vieille « font del cementiri » qui renait à la vie tout doucement. Cette résurrection a éveillé en moi un souvenir d’enfance parmi les plus doux.

Depuis la fontaine, remontez le chemin. Quelques foulées plus haut, sur votre droite, là où coule un vaillant ruisseau, à cet endroit bien précis dans ma mémoire, trônait un « rentador » (lavoir) avec ses margelles de « lloses ».

C’est là qu’enfant, accompagnée par Mémé Julie, je venais laver notre linge.

« L’ avia », malgré son apparence gracile, ressemblait à un  pied de vigne en hiver (dans toute sa noblesse) : de noir vêtue, noueuse, sèche, mais rude à la tâche comme tous les catalans de ces temps anciens. Ses yeux d’un bleu limpide et ses cheveux d’un blanc immaculé, coiffés en chignon sous un foulard noir, la rendaient, à mes yeux de petite fille, la plus adorable des grand-mères.

Le jour venu, elle me lançait d’un ton résolu : « Nina, anem a rentar ». C’est elle qui portait les charges les plus lourdes, le plus souvent entassées sur la vieille brouette qui n’en finissait pas de gémir : le « caixó » ou « agenollador »(baquet ou agenouilloir où elle posait un sac en toile de jute « plegat en quatre » comme elle le disait si bien afin de protéger ses genoux) et la « banasta » de linge sale.

Mémé Julie me confiait la lourde responsabilité de m’occuper du transport du « raspall » ( brosse en racines de chiendent séchées), la « »pedra de sabó » (pierre de savon) et le « batador » (battoir en bois).

Ces souvenirs, si émouvants pour moi et ceux de ma génération, apparaîtront bien dérisoires et anodins aux yeux des plus jeunes. Pour s’émouvoir de cette enfance il faut l’avoir vécue ! Enfance dans mon petit village de Joch où j’ai toujours mes racines les plus profondes, dans un monde où régnaient l’insouciance et un art de vivre au plus près des gens et de la nature……La vie tout simplement ! Ce monde que je regrette chaque jour un peu plus.